Revue de presse : interview de Mohamed Ahmed CHAMANGA par RFO

Revue de presse : interview de Mohamed Ahmed CHAMANGA par RFO
Image : Moroni début du 20ème siècle, place de l'assemblée.

Le comorien est une langue composée de mots africains, de mots arabes voire parfois de mots portugais et anglais. D'où vient la langue comorienne ?

M.A.C : Le fonds lexical de la langue comorienne est essentiellement « africain » comme vous le dites, et plus précisément bantu. Les emprunts au portugais ou à l'anglais sont relativement faibles. Par contre, l'apport arabe est très important. Cela s'explique par la très forte islamisation des Comores, depuis la Grande Comore(Ngazidja) jusqu'à Mayotte (Maore) en passant par Mohéli (Mwali)et Anjouan (Ndzuwani). Malgré ces emprunts, le comorien (shikomor) reste, sur le plan de sa structure grammaticale, une langue bantu.

Qu'appelle t-on une langue bantu ?

M.A.C : Le bantu est une famille de langues, la plus importante d'Afrique. Les langues qui composent cette famille couvrent pratiquement toute la partie australe du continent noir.

Y a t-il encore aujourd'hui en Afrique ou à Madagascar des populations qui parlent une langue similaire au comorien ?

M.A.C : Bien sûr ! On trouve par exemple le swahili en Tanzanie, le lingala au Congo Démocratique, le kikongo au Congo, le zulu en Afrique du Sud, le shona au Zimbabwe-Mozambique, le tswana au Botswana, le kinyarwanda-kirundi au Rwanda-Burundi, etc.
Comme ces langues appartiennent à la même famille, elles ont forcément beaucoup de points communs dans la structure des mots, leurs répartitions dans les phrases, les accords grammaticaux, etc. Elles ont aussi un minimum de vocabulaire commun.

Prenons par exemple le mot bantu ! Ce mot est attesté dans certaines langues, comme le lingala, et il signifie « hommes ». C'est le pluriel du mot muntu qui veut dire « homme » au singulier. Dans d'autres langues, ces mots se déclinent au pluriel en watu (swahili), wantru ou watru ou en encore wandru (shikomor) ; au singulier, nous avons respectivement mtu, muntru, mtru, mndru.

Prenons encore l'exemple de la phrase kinyarwanda suivante qui signifie :
« Combien d'hommes ? » :
Abantu bangahe ?
Nous avons en comorien les équivalences suivantes :
Wantru wangapvi ?
Watru wangapvi ?
Wandru wanga(pvi) ?
et en swahili :
watu wangapi ?

Ne pensez-vous pas qu'il y a beaucoup de ressemblance dans tout ça ?

M.A.C : A Madagascar, jusqu'au milieu du XXe siècle, il y avait quelques poches bantuphones sur la côte nord-ouest. Mais les langues africaines qui y étaient parlées, le swahili à Marodoka ou le makua à Maintirano, ont aujourd'hui disparu. Le malgache appartient à une autre famille de langues : les langues austronésiennes comme par exemple les langues indonésiennes.

Le comorien est souvent comparé au swahili, parfois on a même dit que le comorien en était dérivé ?

M.A.C : Selon les résultats des recherches des trois dernières décennies, il est prouvé que le comorien et le swahili sont génétiquement issus d'une même souche-mère, d'où leur très grande parenté. Mais les deux langues se seraient séparées aux environs du XIIème siècle. On peut donc dire que ce sont deux langues soeurs. Si la confusion a pu se maintenir jusqu'à une période pas très lointaine, c'était à cause de la très grande proximité des deux langues, mais aussi parce que les sultans des Comores parlaient swahili et beaucoup de correspondances et traités avec les pays voisins ou les puissances étrangères étaient rédigés en swahili qui étaient à l'époque la plus importante langue de communication et du commerce de cette région de l'océan indien occidental.

Par combien de personnes est parlée la langue comorienne?

M.A.C : On peut estimer que la langue comorienne est parlée aujourd'hui par un million de personnes environ : les 750 000 habitants de l'archipel des Comores plus la très importante diaspora comorienne, que l'on peut retrouver notamment à Madagascar, à Zanzibar ou encore en France.

Est-elle enseignée à l'école ? Si non pourquoi ?

M.A.C : Malheureusement, elle ne l'est pas. Pourquoi ? Parce que : Premièrement, la colonisation française, avec sa mission « civilisatrice », n'avait jamais reconnu au peuple dominé une quelconque culture ou civilisation et que les langues des dominées n'étaient pas des langues mais, avec un sens très péjoratif, des dialectes qui n'avaient ni vocabulaire développé ni grammaire.

Deuxièmement, le pouvoir très centralisateur de l'Etat français avait imposé le français comme la seule langue de l'administration partout. Cela était vrai dans les colonies, mais aussi en métropole. C'est ainsi qu'on a banni l'enseignement du breton en Bretagne, du basque au Pays Basque (Sud-Ouest de la France).

Troisièmement enfin, nous avons nous-mêmes fini par admettre que notre langue est pauvre et sans grammaire. Elle ne peut donc pas être enseigné. Il faut encore souligner qu'avec l'instabilité chronique des Comores indépendantes, aucune réflexion sérieuse n'a pu être menée sur la question. Pourtant, les pédagogues sont unanimes : pour permettre l'épanouissement des enfants, il est nécessaire que ces derniers puissent s'exprimer pleinement dans leur langue maternelle...

Y a t-il une ou des langues comoriennes ?

M.A.C : Nous avons la chance d'avoir une seule langue comorienne, depuis Ngazidja jusqu'à Maore. Mais comme toute langue, le comorien se décline en plusieurs dialectes qui en sont les variantes régionales : le shingazidja à la Grande Comore, le shimwali à Mohéli, le shindzuani à Anjouan et le shimaore à Mayotte.

Comment expliquer l'apparition de divers dialectes sur un territoire aussi exiguë que les Comores ?

M.A.C : Ce phénomène n'est pas spécifique au comorien. Toute langue est formée de plusieurs dialectes. La dialectalisation s'accentue lorsqu'il y a peu de communications et d'échanges entre les régions. A l'inverse, le déplacement d'une population qui parle un dialecte donné vers une autre région où l'on parle un autre dialecte peut également entraîner des changements dans les deux dialectes. Pour le cas des Comores, le facteur du peuplement par vagues successives au cours de l'histoire explique aussi le phénomène.

Les différences dialectales peuvent aussi s'observer à l'intérieur de chaque île. C'est ainsi, par exemple en Grande Comore, que la manière de parler des gens de Mbéni dans la région du Hamahamet diffère du parler des gens de Fumbuni dans la région du Mbadjini. Il en est de même à Anjouan entre les gens de Mutsamudu, sur la côte nord, et ceux du Nyumakele, dans le sud-est de l'île, ou encore, à Mayotte, entre Mamoudzou et Kani Bé ou Mwana-Trindri dans le sud, etc.

Un mot sur la langue mahoraise.

M.A.C : Le shimaore appartient au même sous-groupe dialectal que le shindzuani. C'est dire qu'il faut souvent écouter attentivement pour percevoir les différences entre ces deux dialectes. Le shimaore fait ainsi partie intégrante de la langue comorienne.

Le comorien s'enrichit-il ou s'appauvrit-il (avec le phénomène de créolisation de la langue) ?

M.A.C : Parler à l'heure actuelle de créolisation de la langue comorienne est quelque peu exagéré. Certes elle ingurgite aujourd'hui beaucoup de mots d'origine française. Mais cela reste « raisonnable ». Le comorien a emprunté énormément de vocabulaire d'origine arabe, environ entre 30 et 40 % du lexique, pourtant on ne parle pas de créole arabe, et cela à juste titre. En effet, ce qui fonde une langue, ce ne sont pas seulement les mots. Ce sont surtout sa structure grammaticale et sa syntaxe. De ce point de vue, le comorien ne ressemble ni à l'arabe ni au français.

On ne peut pas dire que le comorien s'appauvrit. Essentiellement oral, il répond parfaitement à nos besoins de communication. Il est toutefois évident qu'une langue écrite possède un stock lexical beaucoup plus étendu qu'une langue orale. Ne vous inquiétez pas pour le comorien. Si un jour, on décide de l'écrire, de l'enseigner et de l'utiliser dans l'administration, il ne pourra que s'enrichir. Il s'enrichira en se forgeant des mots nouveaux ou en empruntant d'autres ailleurs, comme cela se fait dans les langues dites de « grande civilisation ».

Où en est actuellement la recherche sur la langue comorienne ?

M.A.C : La recherche sur la langue comorienne avance ; trop lentement peut-être, mais elle avance. Nous avons aujourd'hui une meilleure connaissance sur elle qu'il y a vingt ans. Malheureusement, c'est un domaine qui intéresse peu de monde, aussi bien chez les nationaux que chez les chercheurs étrangers.

Pensez-vous qu'un jour tous les Comoriens parleront la même langue ? Et sur quoi se fonderait cette sédimentation en une seule langue « nationale » ?

Mohamed Ahmed-Chamanga : Nous parlons déjà la même langue. Ce qui nous manque, c'est une langue standard, comme en Tanzanie avec le swahili, à Madagascar avec le malgache, ou en encore au Zimbabwe avec le shona, etc. Pour arriver à ce stade, il faut qu'il y ait une réelle volonté politique, une prise de conscience chez les Comoriens de vouloir mieux apprivoiser leur propre culture et que soit mise en place une équipe de chercheurs qui se pencherait sur la question et qui proposerait cette langue standard qui serait utilisée dans tout l'archipel des Comores.

# Posté le samedi 27 novembre 2004 16:41

Modifié le mercredi 06 août 2008 20:43

Interview World4Com : Imany, Comorienne et ambitieuse.

Imany Mladjao, un nom, une carrière de mannequin, mais aussi un courage. Cette artiste en pleine reconversion artistique, s'est confiée exclusiviment à world4com. Elle nous raconte sa vie, sa profession et ses ambitions.

# Posté le samedi 27 novembre 2004 17:38

Modifié le mercredi 06 août 2008 20:49

Interview World4Com.com : Rwayda, une voix, un talent !

World4Com.com a interviewé Rwayda, gagnante du Prix de la Révélation aux Comores Music Awards 2008. Choriste pour de nombreux artistes des Comores depuis plus de 8 ans, Rwayda a su s'investir, cette fois-ci personellement. Découvrez-la dans son univers, un son unique.

# Posté le samedi 27 novembre 2004 17:43

Modifié le mercredi 06 août 2008 19:08

Humour : Les lascars en shingazidja !

Allez histoire de se marrer un peu, un épisode des Lascars doublés en shingazidja. Il en existe aussi en shimaoré, vous en trouverez un plus loin dans ce blog.

# Posté le vendredi 03 décembre 2004 14:41

Modifié le mercredi 06 août 2008 19:13

Histoire : Comores, Histoire Générale.

Histoire : Comores, Histoire Générale.

HISTOIRE DES COMORES


Pour les géographes arabes, le "Zendj" est la région qui couvre l"ensemble de l'Afrique orientale (côtes et îles). Dans ce pays de Zendj, est une grande île, appelée "Komr" (ou Kamar, île de la lune). Les mentions indiquent qu'elle est séparée de l'Afrique par un canal de 350 km de large, qu'elle est très longue et large (il faut 20 jours pour la traverser) et compte de nombreux villages et royaumes. Il ne s'agit donc pas d'une des Comores, qui tiennent leur nom de cette méprise (Komr pour Comores), mais plus vraisemblablement de Madagascar.

L'histoire du peuplement de l'archipel est peu connue. On pense que des
"Proto-Malgache" arrivés d'Indonésie et du Sud-est asiatique, entre le Ve et le VIIe siècle auraient abordé Madagascar par l'ouest et le nord-ouest. D'après une hypothèse, ces populations se seraient d'abord établies dans l'archipel des Comores avant de gagner la "Grande-Île". Cette immigration malayo-polynésienne et indonésienne introduit la riziculture sur brûlis, la culture du cocotier, de la banane plantain, du manguier, de la canne à sucre et la pirogue à balancier. Les premiers arrivant "certifiés" africains sont d'origine bantou. En route depuis le Mozambique vers Madagascar ils ont pu, eux aussi, séjourner dans ces îles et pour certains s'y établir.
Au X siècle, les Swahili arrivent, s'installent progressivement dans l'archipel et mettent en place, avant l'arrivée des Arabes, une organisation politique et sociale proprement africaine.
Ce mot
«swahili» vient du terme arabe «sâhil» qui signifie rivage, littoral ou côte. Il désigne donc la côte africaine de l'Océan indien et plus précisément la bande qui s'étire de la Somalie au Mozambique. Si le mot swahili dérive de l'arabe, les swahilis ne sont pas des Arabes, mais un peuple d'africain et de métis, d'origine bantou, islamisés.

Le système politique africain mis en place aux Comores est régi par les doyens, chefs des grandes familles ou des villages, qui portent ici le titre de
mafé (pluriel du mot fey, chef sur la côte orientale de l'Afrique) ou mafani à Anjouan (dont les chefs contrôlent les îles de Mayotte et de Mohéli). Rapidement, les mafé laissent la place aux Mabedja qui forment une chefferie dirigeante dans chaque village.
Déjà fortement métissée à l'arrivée des premiers navigateurs et marchands Arabo-Perses, la population est cependant en majorité d'origine bantoue.
Entre le Xe siècle au XVIe siècle, des Arabes venus du sud de l'Arabie et de Zanzibar créent de petites villes côtières, des comptoirs commerciaux, assujettissent, islamisent et instaurent l'esclavagisme pour les travailleurs de leurs domaines, obligeant une partie des premiers occupants à se réfugier dans les hautes terres. L'organisation sociale de ces pseudo-sultanats n'est pas fondamentalement différente des chefferies côtières du continent.

On peut légitimement penser, qu'à l'instar de Madagascar, la traite d'esclaves en provenance des côtes de l'Afrique de l'Est a renforcé la présence de la population originaire d'Afrique dans l'archipel.
Comme Zanzibar, les Comores dépendent peu ou prou du Sultanat de Kilwa (sur la côte africaine, au sud de Dar-es-Salaam), où règnent des princes venus de Chiraz, le golfe Arabo-Persique. La chronique de Kilwa érigé en sultanat par un prince persan originaire de Shiraz en 975, date du XIe siècle la venue des premiers Arabo-Shirazi à Anjouan.

Au sein de la culture swahili, mélange dans un mélange, les Comores apparaissent comme une variété régionale. L'Islam est la marque visible de cette unité culturelle, les descendants de ses propagateurs (les Arabo-Perses) mêlés par des générations de mariages ou de concubinages aux descendants des Africains qui les avaient précédés, en ont assimilé de nombreux traits.
Au début du XVIe siècle, les Portugais en route pour les Indes prennent temporairement (de 1500 à 1505) le contrôle de Grande Comore. Les insulaires fuient en grand nombre vers les autres îles.

En 1506, une flotte de Shirazi commandée par Mohamed ben Haïssa aborde l'archipel et en bouleverse la vie économique et sociale. Dès lors, des manuscrits en caractères arabes, notent l'arabe, le comorien ou le swahili, et permettent de reconstituer les généalogies des clans et des sultanats, au demeurant particulièrement complexes.
Les conflits sont nombreux entre ces nouveaux arrivants et les populations plus anciennes.
L'aristocratie chirazienne, qui entend contrôler le pouvoir, est renforcée par l'arrivée d'autres princes venant de Zanzibar, du Yémen, d'Oman, de Mascate.

C'est au XVIe siècle également que des Malgaches Sakalava conduits par Diva Mame s'établissent dans le sud de Mayotte. Dès cette période coexistent dans l'île un peuplement arabo-shirazi au nord et un peuplement sakalava au sud, le tout sur fond d'origine africaine.

Au XVIIe l'archipel devient un point de relâche pour les navires européens, Hollandais, Anglais ou Français, en route pour le Golfe Persique, les Indes ou l'Extrême-Orient. Lien de cause à effet, les pirates et autres corsaires occidentaux croisent aussi dans la zone et fréquentent ses mouillages, particulièrement à Anjouan, qui jouit d'une certaine notoriété en la matière.

A la fin du XVIIIème siècle, les Comores sont en proie aux raids des pirates malgaches. Des forces qui comptent jusqu'à 18 000 hommes, essentiellement des Betsimisaraka, et pillent, tuent et enlèvent des Comoriens pour les vendre en tant qu'esclaves. Domoni sur Anjouan est détruite en 1780 ; Iconi sur Grande Comore est prise en 1805, après un combat légendaire. L'absence de réelle unité politique inter-îles empêchent les comoriens d'opposer aux pirates une résistance efficace. Chaque sultan tente par ses propres moyens de faire obstacle, et c'est vers les puissances européennes que se tournent certains d'entre eux, pour demander aide, assistance et protection.

En ce début de XIXe siècle, les Comores deviennent un enjeu stratégique pour les puissances coloniales de la région, la France, l'Angleterre et l'Allemagne. L'archipel est l'une des dernières victimes de "la course au clocher " que se livrent ces pays dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le sultan de Mutsamudu (Anjouan) Abdallah Ier se rend, en 1816, sur l'île Bourbon (la Réunion) pour solliciter la protection de Louis XVIII.

En 1828, Fuyant Madagascar, après la mort du roi Radama Ier, Ramanateka, un Hova, avec une centaine de compagnons vient se réfugier à Anjouan. Le sultan lui permet de s'installer à Moheli. Ramanateka y prend le pouvoir, se convertit à l'Islam et en devient le sultan, sous le nom d'Abderahmane.

En 1841, Andriantsoly, un trafiquant malgache qui vient de renverser le sultan de Mayotte vend, quelque peu contraint et forcé, par traité et contre une rente annuelle de 1000 piastres (800 euros) l'île aux français. Devant le tollé suscité par l'inique traité dans l'Archipel et chez les autres nations européennes les Français font profil bas. Mais ce qui est signé, est signé, en 1843, au nom de Louis-Philippe, le commandant Passot prend possession de Mayotte.

L'esclavage est aboli à Mayotte en 1846, mais aussitôt remplacé par ce que les colons, venus pour la plupart de la Réunion, appellent "l'engagement". Dans les plantations, les conditions de travail imposées sont à ce point inhumaine qu'en 1856 c'est l'insurrection. Cette annexion de Mayotte va permettre une entourloupe diplomatique aux Français. Reconnaissant l'unité de l'Archipel, ils contrecarrent les vélleités anglaises en affirmant qu'ayant un pied sur une des îles, l'ensemble des Comores leur est en quelque sorte acquis. A Anjouan, le sultan Abdallah signe pour des raisons pécuniaires un traité de protectorat le 21 avril 1886. Mais quand il refuse le Résident qu'on lui adjoint, les navires français assiègent Mutsamudu et il se soumet. A Mohéli, déjà sous le contrôle de Mayotte, la France impose un traité semblable à celui d'Anjouan, le 26 avril 1886.

Dans le système du protectorat, la puissance étrangère envoie un Résident auprès du chef local et gère la politique extérieure. Dans les faits, aux Comores, les Résidents français s'emparent du pouvoir, font et défont les sultans selon leur degré d'adhésion à l'influence française, permettent aux colons de s'approprier les terres, laissant aux paysans locaux une seule alternative venir s'enrôler dans les exploitations coloniales.

En 1908, l'archipel est officieusement rattaché à Madagascar.

En 1912, Paris décide de coloniser l'ensemble de l'Archipel. L'organisation administrative de l'Archipel se calque sur le modèle malgache. Un administrateur supérieur basé à Dzaoudzi (Mayotte), sous les ordres du Gouverneur Général de Tananarive. Les administrateurs basés sur chacune des îles prélevent l'impôt et fournissent au chef de la province la matière pour son rapport annuel. L'administration coloniale est directement en prise avec le peuple, avec ses chefs de cantons, ses chefs de villages et ses cadis nommés pour la plupart à titre "politique". « Sous ce système colonial, la vieille société perdure, avec ses hiérarchies complexes, son droit particulier, ses observances religieuses maintenues. Notables traditionnels, chefs religieux, responsables de l'administration, employés des sociétés se côtoient, s'ignorent ou s'épaulent selon de secrètes connivences. »

En 1914, à la mort de Humblot, d'autres sociétés prennent le relais. Ce sont elles qui font l'évolution de l'archipel. Mais les problèmes tendent à se dramatiser, la population qui augmente lentement n'a plus accès à la terre, aux mains des compagnies, et l'essentiel de la production consiste en des cultures spéculatives destinée à l'exportation, la terre ne produit plus de quoi nourrir la population.

A la fin de la Seconde guerre mondiale, les Comores réintègrent juridiquement l'Union Française. Le statut de "territoire français d'outre-mer", consacre leur séparation d'avec Madagascar. L'action de son député Saïd Mohamed Cheikh (SMC) à l'Assemblée nationale française permet à l'archipel d'obtenir l'autonomie administrative. Mais, l'État colonial occupe tous les postes clefs, et cède les autres à quelques hommes dévoués. Bien qu'il existe une Assemblée locale, le véritable pouvoir est toujours détenu par l'administrateur supérieur. Si la France prétend au sein de l'ONU préparer l'émancipation de ses colonies, elle laisse l'archipel dans un sous-développement dont il ne s'est depuis jamais relevé, et dont il subit encore aujourd'hui les conséquences.

En 1956, en application de la
"loi-cadre Deferre", le Conseil de gouvernement, un organe exécutif, est créé. Présidé par l'administrateur supérieur avec des ministres désignés par le Conseil régional, et un poste de vice-président confié à Mohamed Ahmed purement symbolique. Les Comoriens se prononcent lors du référendum du 28 septembre 1958 pour le maintien de l'archipel au sein de la République française. Les Comores deviennent un TOM, Territoire d'Outre Mer. Les rivalités insulaires, n'ont pas cesser pour autant et en 1957, les notables de Mayotte fondent le Mouvement Mahorais.

En décembre 1961, Les Comores accèdent à l'autonomie. L'assemblée locale a juridiction sur tous problèmes, hormis les Affaires étrangères, la Défense et la Justice. Elle élit à sa tête SMC qui dirige le pays à l'image d'un sultan. Il réduit l'opposition au silence, met en avant son appartenance à une famille noble et son statut d'homme libre pour réfuter conseils et critiques, avisés ou pas.

En 1966, le gouvernement de Saïd Mohamed Cheikh décide de transférer de DzaoudziMayotte) à Moroni la capitale du Territoire. Le Mouvement Mahorais voit bondir le nombre de ses partisans. La violente répression d'une grève de lycéens contre la colonisation en 1968 marque un véritable tournant dans la vie politique comorienne, les partis d'opposition se multiplient. A la mort de SMC en 1970, les revendications indépendantistes de la jeunesse ne peuvent plus être ignorés de la classe politique. Mais tous ne revendiquent pas avec la même force, ce qui paraît à tout le monde normal et inéluctable. L'indépendance, au vu de la situation économique de l'Archipel est un véritable saut dans l'inconnu.

En 1971, Saïd Ali nouveau président du Conseil de Gouvernement tente une conciliation avec les Mahorais, elle échoue. Ahmed Abdallah est porté à la présidence du Conseil de gouvernement, en 1973, avec pour mandat l'obtention de l'indépendance de l'archipel.

Le 22 décembre 1974, lors d'un referendum 95 % des votants se prononcent pour l'indépendance. Sauf à Mayotte où 65 % préfèrent le maintien dans la République française. La situation n'est pas commune mais ce n'est qu'un début... Les autorités françaises temporisent. Pourtant le 6 juillet 1975 l'indépendance est unilatéralement proclamée par le président Ahmed Abdallah. Ce qui de fait entraîne la sécession de Mayotte. Un désaveu que la jeune république prend comme un affront, Les 4 étoiles qui symbolisent les 4 îles principales restent depuis portées sur le drapeau du pays comme un appel à une hypothétique réunification. La France rapatrie immédiatement l'ensemble de ses fonctionnaires et techniciens du territoire comorien. Administrations, services techniques mais aussi écoles, collèges et lycées se retrouvent brutalement désertés par les personnels français.

Dès le 3 août 1975 un coup d'État mené par Ali Soilihi instaure un régime de type démocratie populaire, avec son pendant le Parti Unique. Le régime connaît certaines réussites dans les domaines agricole et social. Mais trop vite les effets de la dictature, la peur, les dénonciations, la lutte contre les traditions, et plus encore dans un pays profondément musulman les réformes en matière religieuse, éloignent les comoriens des rêves du projet initial.

Le 12 mai 1978, entrée en scène fracassante du mercenaire Bob Denard. Les mercenaires de Bob Denard arrêtent et exécutent Ali Soilihi. La junte au pouvoir rappelle le président Abdallah qui est accueilli avec liesse par la population. Le pays change son nom pour devenir la République Islamique des Comores. Mais alors que le peuple tout entier attend des mesures énergiques, des réformes, le président qui s'appuie sur ses mercenaires impose un régime autocratique autoritaire basé sur le paternalisme qui très vite suscite la contestation. Les opposants sont muselés, voire jetés en prison et torturés.

En novembre 1989, alors qu'il tente d'en finir avec la présence équivoque aux yeux de la communauté internationale de sa garde mercenaire, il est assassiné dans son palais. Les prétoriens ont, une fois plus, coupés la tête de leur empereur. La France intervient militairement pour obtenir le départ des mercenaires. L'intérim est assuré par le président de la Cour suprême, Saïd Mohamed Djohar jusqu'aux élections présidentielles de mars 1990 qu'il remporte. Agé, Djohar quitte le pouvoir après la tentative de coup d'Etat mené à nouveau par les mercenaires de Bob Denard et tenu en échec par un nouvelle intervention des troupes françaises en septembre 1995.

En mars 1996, Mohamed Taki Abdoulkarim accède à la présidence de la République. Le climat politique comme économique est sombre. En août 1997, coup de théâtre, Anjouan puis Mohéli proclament unilatéralement leur sécession de la République fédérale des Comores et demandent, sans succès, leur rattachement à la France. Les deux îles demandent alors leur autonomie, mais Moroni s'y oppose, envoi des troupes puis par rétorsion impose un embargo. Si les sanctions ont depuis étaient levées, politiquement la situation n'est toujours pas réglée.

La mort brutale du président Taki en novembre 1998, amène Tadjidine ben Saïd Massounde au pouvoir. Chargé d'assurer l'intérim jusqu'à la tenue des prochaines élections présidentielles, son mandat tourne court, il est renversé par un coup d'état qui porte à la tête du pays le Colonel Azaly. Depuis l'approbation de la nouvelle constitution par référendum en décembre 2001, l'appellation "Union des Comores" succède à celle de "République islamique des Comores". Les nouvelles institutions sont mises en place. Avec les élections des quatre présidents (président de l'Union, présidents de chacune des trois îles autonomes : Anjouan, Moheli, Ngazidja) et des députés (pour l'Union et pour chacune des trois îles).

Mais les difficultés liées à des conflits de compétence entre les îles et l'Union perdurent jusqu'à présent. Depuis le mois de mars 2006, comme stipule dans la constitution comorienne, des primaires sont organisées, ceci afin de désigner les candidats susceptibles de se présenter aux élections présidentielle de l'Union Des Comores.


Article pris sur Comorama.info


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Voici quelques liens pour en apprendre plus sur l'Histoire des Comores. Bonne visite.

# Posté le vendredi 10 décembre 2004 14:14

Modifié le vendredi 19 mai 2006 15:31